HALLOWEEN III - PROLOGUE
Haddonfield, Illinois
Mercredi 1er Novembre 1978
Le jour s'était levé en même temps que la brume sur la ville ensanglantée de Haddonfield. Les derniers restes de l'incendie ayant ravagé le Haddonfield Memorial Hospital déversaient leur fumée dans l'air, si bien qu'elle se mêlait au brouillard. Une petite foule de journalistes, de policiers et d'ambulanciers était réunie devant les ruines de l'hôpital où Michael Myers avait, la nuit passée, déversé sa rage.
Marion Chambers en tremblait encore. Elle tentait d'effacer de sa mémoire ce qu'elle avait vécu les dernières heures. A peine arrivés à l'hôpital, le Dr Loomis, le Marshall et elle avaient retrouvé Laurie Strode, poursuivie par Michael Myers. Loomis lui avait à nouveau tiré dessus. Comme tout le monde, elle n'avait pas cru le psychiatre quand celui-ci avait affirmé avoir touché Michael plus de six fois, plus tôt dans la nuit. Loomis était un excentrique. Dès sa première rencontre, il lui était apparu comme plus proche d'un prêtre que d'un psychiatre. Mais elle l'avait bien vu par la suite : Myers s'était fait tirer dessus. Elle n'avait pas assisté à la suite des évènements. Et heureusement pour elle. Peut-être n'y aurait-elle pas survécu, comme le Marshall. Sur les ordres de Loomis, elle était allée prévenir la police que Michael Myers avait été abattu à l'hôpital de Haddonfield. Mais quelque chose, elle ne saurait dire quoi, lui avait fait comprendre qu'il n'était pas mort. Peu après, il y avait eu une explosion. La petite Strode était sortie indemne. Elle lui avait annoncé la mort de Loomis et également celle de son frère. Marion réalisa que personne n'avait encore révélé à Laurie cette vérité. On n'avait pas voulu la brusquer. Pas maintenant.
La jeune fille était assise sur une chaise roulante et se faisait emmener vers une ambulance. Marchant à ses côtés, Marion contenait son envie irrépressible de chasser ces vautours de journalistes à grands coups de sacs à mains. Enroulée dans une couverture bleu, Laurie semblait au-delà de la conscience.
- Laissez-la tranquille ! ordonna Marion au journaliste qui ne prêtait aucune attention au traumatisme subi par l'adolescente.
Lorsqu'on l'amena au niveau de l'ambulance, Laurie parut sortir de son sommeil éveillé. Elle se retourna vivement vers l'ambulancier et demanda d'une voix chargée d'inquiétude :
- Je peux monter à l'avant ?
Tandis que l'ambulancier quittait la chaise roulante pour l'aider à monter, Marion prit le relais et se retint de pincer les lèvres. Pauvre gamine, elle avait vraiment connu l'enfer.
Tout en s'abaissant pour l'aider à poser ses pieds blessées à terre, l'ambulancier lui adressa un regard désolé.
- Non navré, je dois vous mettre à l'arrière.
Laurie ne dut pas avoir la force de protester.
- Prête ? lui lança l'ambulancier. Attention à vos pieds.
Marion observait ce spectacle en tenant la chaise roulante au cas où celle-ci glisserait par un faux-mouvement de Laurie. A côté d'elle, un journaliste décrivait la scène à son micro.
- Elle va quitter le fauteuil roulant pour s'installer dans l'ambulance.
Laurie se redressa avec peine, supportée par l'ambulancier. Elle se tenait comme une vieille dame, le dos courbé. Le poids des événements pesait à présent sur elle comme un lourd et invisible fardeau.
Marion jeta un coup d'½il à la caméra. Elle mourrait d'envie de se poster devant elle, rien que pour gâcher le plan mémorable de la victime détruite montant fébrilement dans une ambulance. Ces gens n'avaient-ils aucune pudeur ? Mais elle n'avait pas envie d'affronter les protestations d'un cameraman mécontent. Elle avait autre chose à faire.
Lorsqu'elle tourna la tête vers l'ambulance, Laurie était déjà à bord.
- Dans une seconde, tout sera fini, lui assura l'ambulancier juste avant de refermer la porte.
Mais Marion était familière de ce genre de cas. Pour Laurie, le calvaire ne faisait que commencer. Et peut-être ne se remettrait-elle jamais de ce traumatisme. Son frère avait assassiné tous ses amis avant de s'en prendre à elle, bon sang !
L'ambulance démarra et partit en silence, épargnant à son occupante la sirène assourdissante. Marion observa le véhicule s'éloigner dans la brume et le froid. Elle réalisait la chance qu'elle avait eu. A deux reprises, Michael Myers avait croisé sa route. Et à chaque fois, elle s'en était tiré. Combien pouvaient en dire autant ?
Marion poussa un soupir.
Au moins un pouvait le dire. La jeune infirmière, vérifiant que personne ne lui prêtait attention, monta au volant de la voiture du Marshall. Elle n'avait pas le temps d'attendre qu'on veuille bien l'amener à l'hôpital de la ville la plus proche. Contrairement à ce qu'avait cru Laurie, le Dr Loomis avait miraculeusement survécu à l'explosion. Plusieurs minutes plus tôt, il avait été emmené de toute urgence. Ses blessures au visage étaient sévères et il avait apparemment reçu un coup de scalpel dans le ventre. En conduisant vite et à grands coups de sirène de police, Marion arriverait peut-être avant Laurie à l'hôpital.
La nervosité de commettre un délit lui fit chercher son paquet de cigarette. Celui-ci s'avéra être vide. Depuis que Myers l'avait agressée en s'échappant de Smith's Grove, elle en avait consommé plus du double hebdomadaire.
- Bordel de merde, jura-t-elle en démarrant au quart de tour.